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Santé des danseurs : retour sur une table ronde dédiée à la prévention physique et mentale à Pantin
À l’occasion des Ballet’s Days de Pantin, danseurs, médecins et spécialistes de l’accompagnement ont croisé leurs regards autour d’un sujet essentiel, mais trop discret : la santé physique et mentale des danseurs. Blessures, prévention, rapport au corps, charge mentale et environnement de travail… Une discussion riche et sans détour, qui rappelle que danser, c’est aussi apprendre à durer.
08.01.2026
Dans le cadre des Ballet’s Days de Pantin, journées organisées par le Conservatoire Jacques Higelin pour faire rayonner la danse classique à travers ateliers, master-classes et rencontres, en partenariat avec le Centre National de la Danse de Pantin (CND), une table ronde a réuni danseurs, médecins, psychologues et responsables d’institutions autour d’un sujet central : la santé physique et mentale des danseurs tout au long de leur parcours.
La table ronde était animée par Isabelle Calabre, journaliste et autrice, et Laura Cappelle, journaliste et sociologue. Autour d’elles, cinq intervenants ont partagé leur expertise :

Georges Tran Du Phuoc
Administrateur du Malandain Ballet Biarritz

Marion Borgne
Psychologue clinicienne de l’Opéra national de Paris, spécialisée dans l’accompagnement des danseurs et des sportifs
Un rapport à la santé qui évolue vraiment
Georges Tran a ouvert la discussion en évoquant le travail mené au Malandain Ballet Biarritz depuis 2011. Avec 22 danseurs permanents, près de 100 dates par an et plus de 200 jours sur les routes, la compagnie a vite compris que le suivi médical devait devenir une priorité.
Il rappelle aussi combien les mentalités ont changé : « Il y a dix ans encore, beaucoup de danseurs n’osaient pas dire qu’ils avaient mal, de peur de ne plus être distribués. La parole s’est aujourd’hui libérée. Les danseurs sont conscients que la prévention est déterminante.»
À l’Opéra national de Paris, la création du Pôle Santé sous l’impulsion de Benjamin Millepied a marqué un vrai tournant. Mathieu Ganio raconte que, avant, chacun gérait ses blessures comme il pouvait, avec son propre carnet d’adresses. « Beaucoup de débrouille, peu de coordination et un coût financier non négligeable. Avec le Pôle Santé, l’encadrement s’est professionnalisé. Les danseurs bénéficient désormais d’un suivi cohérent, d’un accompagnement clair et d’un vrai confort de prise en charge, tout en conservant une confidentialité absolue sur leur situation médicale. »
Blessure, culpabilité et construction psychologique

La psychologue Marion Borgne a rappelé que les blessures physiques sont rarement seulement physiques. Elle observe souvent une forme d’auto-culpabilité chez les danseurs :
« Les danseurs disent souvent ‘Je me suis blessé’, comme si la blessure était une faute. » Pour Mathieu Ganio, « Notre corps, c’est notre outil de travail. Etre blessé est vécu comme une punition, on ne peut plus faire notre métier, c’est comme si nous perdions notre propre identité. »
Selon Marion Borgne, la sensibilisation doit commencer dès la formation, notamment à l’École de Danse du Ballet de l’Opéra national de Paris. C’est là que les jeunes danseurs apprennent à reconnaître leurs limites, à écouter les signaux faibles et à demander de l’aide sans se sentir fragilisés.
Prévenir plutôt que réparer
L’ensemble des intervenants s’accorde à dire que la prévention repose sur plusieurs piliers :
- une véritable éducation au fonctionnement du corps dès le plus jeune âge
- un suivi médical et psychologique régulier
- une gestion plus fine du repos et de la fatigue
- une alimentation adaptée
- une approche pluridisciplinaire
- une vigilance accrue des danseurs quant aux installations des studios (tapis de danse, planchers de danse, qualité de l’amorti, adhérence…)
Le kinésithérapeute Santiago del Valle Acedo a insisté sur un point : « Pour accompagner un danseur, il faut tenir compte de l’ensemble de son quotidien, de l’entraînement aux contraintes physiques, jusqu’aux conditions dans lesquelles il évolue. La prise en charge ne peut pas se limiter à un protocole technique isolé. »
Le sol de danse : un partenaire à part entière
La question du sol s’est invitée naturellement dans les échanges, portée par des exemples très concrets. Georges Tran a raconté une tournée au cours de laquelle les danseurs du Malandain Ballet Biarritz ont dû évoluer sur du béton. Le lendemain, les blessures se sont multipliées. Sans amorti, sans élasticité et sans absorption, chaque mouvement devient plus risqué.

Mathieu Ganio a confirmé l’importance déterminante du sol dans la prévention.
« Lorsque je me produis en dehors de l’Opéra national de Paris, je commence systématiquement par vérifier la qualité du sol avant d’entrer en scène. Pour lui, c’est un réflexe essentiel : danser sur une surface inadaptée influence immédiatement la sécurité, la technique et l’état physique dès le lendemain.
Ces témoignages rappellent que le sol de danse n’est pas un simple support, mais un véritable partenaire. C’est pourquoi le CCN Malandain Ballet Biarritz comme l’Opéra national de Paris évoluent aujourd’hui sur des planchers et des tapis de danse Harlequin, produits en France, offrant amorti, stabilité et confort aux interprètes.
Quand Danser rime avec santé
La rencontre s’est conclue sur les mots de Mathieu Ganio : « Toute ma carrière, j’ai cherché l’équilibre entre me dépasser et écouter les limites de mon propre corps. »
Un spectateur a ajouté avec spontanéité : « La danse fait un bien fou ! Ne l’oublions pas. »
La discussion a rappelé combien la santé d’un danseur repose sur un ensemble de facteurs, du suivi médical à l’écoute de soi, en passant par la qualité de l’environnement dans lequel il évolue, y compris le sol de danse qui l’accompagne à chaque mouvement.




